La paire EUR/USD oscille autour de 1,16 dollar pour un euro à la mi-août 2026, un niveau que peu d’analystes anticipaient un an plus tôt. Fin 2024, le taux de change tournait autour de 1,04 dollar, et la plupart des bureaux d’études voyaient le billet vert continuer à dominer.
Mesurer la force relative de ces deux devises en 2026 suppose d’examiner trois facteurs concrets : l’écart de taux directeurs entre la BCE et la Fed, l’évolution du statut du dollar dans les réserves mondiales, et les signaux techniques que donne le cours EUR/USD lui-même.
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Taux directeurs BCE et Fed : le différentiel qui structure le cours EUR/USD
| Banque centrale | Orientation 2026 | Effet sur EUR/USD |
|---|---|---|
| BCE | Hausse de taux (facilité de dépôt à 2,50 %) | Soutien à l’euro |
| Fed | Assouplissement anticipé par le marché | Pression baissière sur le dollar |
Ce tableau résume le retournement qui a façonné le marché des changes en 2026. Entre 2022 et 2024, le dollar profitait d’un avantage de rendement net : la Fed avait relevé ses taux plus vite et plus haut que la BCE.
La dynamique s’est inversée. La BCE a relevé son taux de facilité de dépôt à deux reprises en 2026 (juin puis septembre), le portant à 2,50 %, la borne haute de la zone neutre. Ce durcissement invalide le scénario d’une BCE durablement accommodante qui dominait les anticipations en 2025.
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Côté américain, les marchés intègrent la poursuite de l’assouplissement monétaire en 2026. Les statistiques économiques américaines envoient des signaux mitigés. La croissance au troisième trimestre 2025, à 4,3 % (au-dessus du consensus de 3,3 %), n’a pas suffi à inverser la tendance baissière du dollar.
Plusieurs grandes banques ont relevé leurs objectifs EUR/USD dans une fourchette de 1,16 à 1,20, précisément en raison de cette divergence. L’écart de taux se réduit en faveur de l’euro, un mécanisme qui soutient mécaniquement la devise européenne.

Projections économiques en zone euro : inflation et croissance révisées à la hausse
Le durcissement de la BCE ne repose pas sur un pari. Les projections internes de la banque centrale affichent une inflation moyenne autour de 3 % en 2026 pour la zone euro, un niveau qui justifie le maintien d’une politique ferme.
La croissance a été révisée à la hausse, passant de 0,8 % à 0,9 %. Modeste en valeur absolue. Le signal importe davantage que le chiffre : l’économie européenne résiste mieux qu’anticipé, ce qui offre à la BCE une marge de manœuvre que les marchés ne lui accordaient pas il y a un an.
Inflation persistante et croissance en légère accélération forment un duo qui rend improbable un retour rapide à une politique accommodante. Pour le cours EUR/USD, le plancher de soutien à l’euro reste solide à court terme.
Recul du dollar dans les réserves mondiales : un facteur de fond
Un mouvement structurel travaille contre le billet vert, au-delà du cycle de politique monétaire. Le poids du dollar dans les réserves de change mondiales continue de s’éroder. Ce phénomène de dédollarisation ne se traduit pas par un transfert massif vers l’euro, mais il affaiblit la demande structurelle pour le dollar.
- Les banques centrales émergentes diversifient leurs réserves en augmentant leurs allocations en or et en devises alternatives
- Les tensions géopolitiques incitent certains pays à réduire leur exposition au système financier américain
- Le déficit budgétaire américain, accentué par les projets législatifs en cours à Washington, pèse sur la confiance à long terme dans le dollar
Le dollar ne perd pas son statut de devise de réserve dominante, mais son avantage s’effrite. Pour la paire EUR/USD, cet effet structurel agit comme un vent de dos modéré en faveur de l’euro.
Cours EUR/USD en 2026 : niveaux techniques et scénarios des analystes
Début septembre 2026, le cours EUR/USD consolide autour de 1,1640 dans l’attente de la décision de la BCE. Sur la dernière semaine de référence, la paire s’est appréciée de 0,53 %, s’établissant à 1,1772 selon certaines sources.
Les prévisions varient selon l’horizon retenu. Plusieurs banques visent un objectif EUR/USD entre 1,16 et 1,20, fondé sur la divergence de politique monétaire entre Fed et BCE. Les avis restent partagés sur la capacité de la paire à tenir durablement au-dessus de 1,18.
Le débat sur la parité est clos. La question porte désormais sur la capacité de l’euro à franchir et à se maintenir au-delà du seuil de 1,20.

Risques qui pourraient freiner l’euro
Le facteur géopolitique reste à double tranchant. Une escalade des tensions sur l’approvisionnement énergétique européen pèserait directement sur la devise. Les coûts de l’énergie importée en dollars génèrent une demande mécanique de billets verts, capable de compenser partiellement l’avantage de taux.
Le projet de loi budgétaire américain (qualifié de « big beautiful bill » par certains observateurs) pourrait aussi modifier la trajectoire. Si les marchés y voient un stimulus suffisant pour relancer la croissance américaine, les baisses de taux de la Fed seraient reportées.
L’euro aborde la fin de 2026 porté par un différentiel de taux qui joue désormais en sa faveur et des fondamentaux européens plus solides qu’attendu. La trajectoire vers 1,20 dollar reste le scénario central de plusieurs grandes banques. Le risque principal pour ce scénario ne vient pas de la politique monétaire, mais du prix de l’énergie et de la géopolitique, deux variables sur lesquelles ni la BCE ni la Fed n’ont de prise directe.