Les indices boursiers européens et américains ont connu plusieurs épisodes de forte correction ces dernières années, entre tensions géopolitiques, remontée des taux directeurs et craintes de récession. Chaque nouvel épisode relance la même interrogation : quelles actions acheter en cas de crise pour limiter les dégâts sur un portefeuille ? La réponse paraît simple en surface (miser sur les secteurs défensifs), mais les données récentes compliquent le tableau.
Le piège du rebond : pourquoi les actions défensives coûtent du rendement
Les concurrents sur cette requête listent quasi systématiquement les mêmes secteurs refuges : santé, alimentation, services aux collectivités. Leur logique est solide sur le papier : ces entreprises vendent des produits dont la demande ne s’effondre pas en récession.
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Le problème apparaît à l’étape suivante. En 2025, l’indice STOXX Europe 600 Consumer Staples a progressé nettement moins que l’indice STOXX Europe 600 large, avec un écart de plus de dix points au détriment du secteur jugé défensif. Autrement dit, l’investisseur qui s’était positionné massivement sur la consommation courante a certes limité la casse pendant la baisse, mais il a raté une part significative du rebond.
Ce schéma n’est pas nouveau. Les phases de reprise favorisent les valeurs cycliques (industrie, technologie, consommation discrétionnaire), tandis que les actions défensives stagnent ou reculent en relatif. Protéger son capital en crise et capter la hausse ensuite sont deux objectifs contradictoires si l’on reste figé sur une seule catégorie d’actifs.
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Secteur santé en Bourse : défensif, mais aussi en retard
La santé est le secteur le plus cité comme valeur refuge. Ses atouts sont réels : flux de trésorerie visibles, demande structurelle portée par le vieillissement démographique, faible corrélation avec le cycle économique.
Des gérants européens décrivent pourtant la santé comme un secteur défensif en retard, aux valorisations dégradées malgré la résilience des résultats. La situation crée une configuration particulière : le secteur n’est plus seulement un refuge, il devient aussi une opportunité de rattrapage à moyen terme.
Cette double lecture change la façon d’aborder un achat en période de crise. Acheter une action du secteur santé aujourd’hui ne revient pas uniquement à se couvrir contre un krach. C’est aussi parier sur une revalorisation si le marché reconnaît le décalage entre fondamentaux solides et cours déprimés. En revanche, rien ne garantit le calendrier de ce rattrapage.
Actions de défense et crise géopolitique : volatilité sous-estimée
Les tensions internationales récentes ont propulsé un autre segment en tête des recherches : les actions liées à la défense militaire. Les dépenses européennes de défense ont fortement augmenté depuis 2022, et plusieurs gouvernements ont annoncé des budgets en hausse durable.
Les données 2024-2026 révèlent toutefois un profil plus instable que prévu pour ces valeurs :
- Les flux vers les ETF défense européens ont connu des phases d’entrées massives suivies de sorties rapides, signe d’un positionnement spéculatif plutôt que stratégique.
- Les performances de ces ETF se sont révélées plus volatiles que celles des indices larges, à l’inverse de ce qu’on attendrait d’un secteur porté par des budgets publics pluriannuels.
- Certains investisseurs institutionnels restent contraints par les critères ESG, ce qui limite la liquidité et amplifie les mouvements de cours.
Une action du secteur défense n’est pas une action défensive au sens classique. La confusion entre les deux termes est fréquente, mais les profils de risque diffèrent radicalement. Le secteur défense peut surperformer lors d’un choc géopolitique précis, puis corriger brutalement si les tensions s’apaisent ou si les commandes tardent à se matérialiser.
Critères concrets pour filtrer les actions à acheter en crise
Plutôt qu’une liste de noms, les critères de sélection comptent davantage. Un investisseur qui cherche quelle action acheter en cas de crise devrait vérifier plusieurs paramètres avant tout achat :
- Un ratio d’endettement maîtrisé (dette nette rapportée aux bénéfices opérationnels) : les entreprises surendettées sont les premières à souffrir quand le crédit se resserre.
- Un flux de trésorerie disponible (free cash-flow) positif et régulier sur plusieurs exercices, pas seulement sur le dernier.
- Un dividende couvert par les bénéfices réels, pas financé par de la dette. Un dividende élevé mais non soutenable est un signal d’alerte, pas un refuge.
- Une exposition à des marchés géographiques diversifiés, pour ne pas dépendre d’une seule zone économique en récession.
Ces filtres éliminent une partie des valeurs souvent recommandées dans les listes généralistes. Une entreprise du secteur alimentaire très endettée après des acquisitions, par exemple, n’offre pas la même protection qu’un concurrent au bilan plus sain, même si les deux vendent des produits de première nécessité.

Allocation et timing : ce que les données ne tranchent pas
Le DCA comme réponse partielle à l’incertitude
Investir en période de crise suppose d’accepter qu’on ne connaît pas le point bas. La stratégie d’investissement programmé (DCA, pour dollar-cost averaging) consiste à investir un montant fixe à intervalles réguliers, quel que soit le niveau du marché. Elle réduit le risque de tout placer au pire moment.
Cette approche fonctionne particulièrement bien sur les actifs diversifiés (ETF sur indices larges), mais elle ne dispense pas de choisir sur quoi investir. Le DCA lisse le risque de timing, pas le risque de sélection.
La question de la pondération défensif/cyclique
Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur une pondération adaptée entre actions défensives et actions cycliques en portefeuille. Un excès de défensif protège en baisse mais freine en reprise. Un excès de cyclique amplifie les pertes en krach. Les retours terrain divergent sur le ratio idéal, car il dépend de l’horizon de placement, de la tolérance au risque et de la nature de la crise (financière, géopolitique, sanitaire).
Chercher quelle action acheter en cas de crise revient finalement à poser une question de construction de portefeuille, pas de stock-picking isolé. Les valeurs défensives gardent leur utilité comme amortisseur, à condition de ne pas en faire l’intégralité d’une allocation.
Le secteur santé, avec ses valorisations décotées, mérite une attention particulière pour les investisseurs à horizon long. Les valeurs de défense militaire relèvent davantage d’un pari thématique que d’une couverture anti-crise. La meilleure protection reste un portefeuille diversifié, rééquilibré régulièrement, pas une liste de cinq actions miracles.