Les anxiolytiques regroupent quatre familles pharmacologiques distinctes : benzodiazépines, buspirone, hydroxyzine et étifoxine. Chacune agit sur un récepteur ou un système de neurotransmission différent, ce qui conditionne le profil d’effets indésirables, la cinétique et les contraintes de prescription.
Sélectivité des récepteurs GABA : ce qui sépare benzodiazépines et étifoxine
Les benzodiazépines se fixent sur le site allostérique du récepteur GABA-A, potentialisant l’entrée de chlore dans le neurone. L’effet anxiolytique est rapide, mais la modulation touche aussi les sous-unités impliquées dans la sédation, l’amnésie antérograde et le relâchement musculaire.
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L’étifoxine (Stresam) cible elle aussi le récepteur GABA-A, mais par un mécanisme distinct : elle stimule la production de neurostéroïdes endogènes et se lie préférentiellement à certaines sous-unités bêta. En pratique, cela se traduit par un effet anxiolytique sans dépendance pharmacologique documentée, ce que nous observons régulièrement dans les renouvellements d’ordonnance.
Cette différence de sélectivité explique pourquoi l’étifoxine n’est pas soumise à la limitation de durée imposée aux benzodiazépines.
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Prescription des benzodiazépines anxiolytiques : durée maximale et cadre réglementaire
La durée maximale de prescription est de 12 semaines pour les benzodiazépines à visée anxiolytique. Cette limite figure dans le Résumé des caractéristiques du produit (RCP) de chaque spécialité. Le RCP du bromazépam, par exemple, précise que la durée globale du traitement ne devrait pas excéder 8 à 12 semaines, décroissance progressive comprise.

Pour les sujets âgés, la HAS et l’ANSM rappellent que ces limites constituent des règles de bon usage : 12 semaines pour les anxiolytiques, 4 semaines pour les hypnotiques. La prescription initiale doit mentionner explicitement au patient que le traitement sera d’une durée limitée.
Le non-respect de ces durées expose à deux risques majeurs :
- Une tolérance pharmacologique qui pousse à l’escalade de dose, parfois en quelques semaines seulement chez les métaboliseurs rapides du CYP3A4.
- Un syndrome de sevrage à l’arrêt (rebond anxieux, insomnie, irritabilité), d’autant plus marqué que la demi-vie de la molécule est courte (lorazépam, oxazépam).
- Chez le sujet âgé, un risque accru de chutes et de troubles cognitifs, facteurs identifiés dans les campagnes de dé-prescription hospitalière.
Buspirone et hydroxyzine : deux anxiolytiques hors GABA souvent sous-estimés
La buspirone est un agoniste partiel des récepteurs 5-HT1A. Son délai d’action, qui se compte en semaines, la rend inadaptée à la crise anxieuse aiguë. En revanche, elle ne génère ni dépendance ni sédation notable, ce qui en fait une option de première intention dans le trouble anxieux généralisé lorsque le patient refuse ou ne tolère pas les antidépresseurs IRS.
Nous recommandons d’avertir le patient que l’effet anxiolytique de la buspirone apparaît après deux à trois semaines. L’abandon prématuré reste la première cause d’échec thérapeutique avec cette molécule.
L’hydroxyzine (Atarax) agit par antagonisme des récepteurs H1 de l’histamine. L’effet sédatif est ici le mécanisme principal : la réduction de l’anxiété passe par un abaissement de la vigilance. Ce profil convient aux anxiétés réactionnelles brèves ou à la prémédication, mais limite l’usage au long cours.
Hydroxyzine et allongement du QT
L’hydroxyzine allonge l’intervalle QT de manière dose-dépendante. Chez les patients sous antiarythmiques de classe III ou présentant une hypokaliémie, la co-prescription est contre-indiquée. Un ECG préalable reste une précaution raisonnable chez le sujet cardiaque.
Choix de l’anxiolytique selon le profil clinique
Le choix entre ces quatre classes ne repose pas sur la sévérité de l’anxiété seule. Trois critères orientent la décision :
- La temporalité du trouble : une anxiété aiguë situationnelle oriente vers une benzodiazépine à demi-vie courte ou l’hydroxyzine, tandis qu’un trouble anxieux généralisé chronique justifie la buspirone ou l’étifoxine.
- Le terrain addictologique : tout antécédent de dépendance (alcool, opioïdes, benzodiazépines) contre-indique la prescription de benzodiazépines et oriente vers la buspirone ou l’hydroxyzine.
- L’âge et les comorbidités : chez le sujet âgé, l’hydroxyzine et les benzodiazépines majorent le risque de chute, ce qui place l’étifoxine ou la buspirone en alternatives préférentielles.
Associations à éviter
L’association de deux anxiolytiques de la même famille (deux benzodiazépines, par exemple) n’apporte aucun bénéfice supplémentaire et augmente la charge sédative. L’association benzodiazépine-hydroxyzine cumule les effets dépresseurs centraux sans complémentarité anxiolytique démontrée.

L’alcool potentialise la sédation de l’ensemble des quatre classes, avec un risque létal en cas de surdosage de benzodiazépines. Ce rappel figure dans chaque RCP, mais la pratique montre qu’il reste insuffisamment relayé au moment de la délivrance.
Le traitement médicamenteux de l’anxiété reste un levier parmi d’autres. La psychothérapie constitue le socle du traitement de fond des troubles anxieux, les anxiolytiques n’intervenant que pour soulager les symptômes le temps que la prise en charge psychologique produise ses effets. Choisir la bonne molécule, à la bonne dose, pour la bonne durée, reste l’arbitrage central de toute prescription anxiolytique.